L’Agence nationale pour la rénovation urbaine change de visage. L’Élysée a annoncé le 14 octobre qu’Emmanuel Macron envisage de nommer la préfète Camille Tubiana à la direction générale de l’ANRU, l’institution qui pilote depuis vingt ans la transformation des quartiers populaires. Une arrivée qui tombe au moment où plusieurs villes demandent de démolir moins et de réhabiliter davantage.
Plan de l'article
Une nomination encore soumise au Parlement #
La procédure n’est pas terminée. Selon le communiqué publié par l’Élysée, le président de la République a été saisi sur proposition du Premier ministre, et les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat ont été informés. Les commissions compétentes des deux chambres doivent rendre leur avis, comme le prévoit l’article 13 de la Constitution pour les postes les plus stratégiques de l’État.
Le poste était vacant depuis peu. Jusqu’au 2 octobre 2026, l’agence était dirigée par Anne-Claire Mialot, désormais directrice générale de CDC Habitat, la filiale logement de la Caisse des dépôts, rappelle Batiweb en s’appuyant sur une dépêche de l’AFP.
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Qui est Camille Tubiana ? #
Diplômée de Sciences Po Paris, Camille Tubiana dirige depuis 2024 l’Établissement pour l’insertion dans l’emploi (Epide), qui accompagne des jeunes en difficulté vers la formation et le travail. Son parcours mêle cabinets ministériels et passages par le secteur privé.
Elle a été directrice de cabinet du secrétariat d’État chargé de la Jeunesse et du Service national universel, puis directrice adjointe du cabinet du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse. Surtout, elle connaît le terrain de la politique de la ville.
Une expérience de terrain dans le Nord
De février 2021 à juillet 2022, elle a été préfète déléguée pour l’égalité des chances dans le Nord. À ce poste, elle supervisait les programmes de la politique de la ville : éducation, emploi, renouvellement urbain, santé, hébergement d’urgence, prévention de la radicalisation et lutte contre les discriminations. Autrement dit, toute la palette des dossiers qui se croisent dans un quartier prioritaire.
Ce passage dans le Nord n’est pas anecdotique. C’est un département où la rénovation urbaine est un sujet quotidien, des grands ensembles de la métropole lilloise aux courées ouvrières de Roubaix et Tourcoing.
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Démolir ou réhabiliter : le dossier qui l’attend #
L’actualité roubaisienne illustre bien le débat. Le 8 octobre, la ville de Roubaix et ses partenaires ont demandé à l’ANRU de revoir certaines démolitions de logements prévues dans les quartiers de l’Alma, de l’Épeule et du Pile, au profit de réhabilitations, rapporte RoubaixXL.
À l’Alma, la ville souhaite restructurer plutôt que raser deux bâtiments de la résidence Médicis et l’immeuble dit des Animaux. À l’Épeule, elle veut réhabiliter plusieurs courées, ces alignements de petites maisons ouvrières typiques du textile roubaisien, et préserver la façade historique des anciens cafés Hennebo. Au Pile, c’est la cité Flipo qui serait réhabilitée. Le programme des Trois-Ponts resterait, lui, inchangé.
Les projets d’espaces publics, d’équipements et d’espaces verts se poursuivent. L’ANRU doit se prononcer d’ici la fin de l’année 2026. Ce sera donc l’un des premiers arbitrages de la nouvelle direction si la nomination est confirmée.
Un changement de regard sur la ville
Pendant longtemps, la rénovation urbaine a été associée aux images de tours abattues à l’explosif. Le mouvement roubaisien montre une autre approche : garder ce qui peut l’être, transformer l’existant, et préserver ce qui fait l’identité d’un quartier. Le thème choisi cette année pour les Journées nationales de l’architecture, « Réhabiliter : bâtir l’avenir », dit la même chose à l’échelle nationale.
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Derrière ce choix, il y a des enjeux d’empreinte carbone, de coût, mais aussi de mémoire. Démolir une courée, c’est effacer un morceau d’histoire ouvrière. La réhabiliter, c’est parier qu’elle peut encore loger des familles dans de bonnes conditions.
Ce qu’il faudra surveiller #
Les prochaines semaines diront si les parlementaires valident la nomination et quelles priorités la future directrice générale mettra en avant lors de ses auditions. Pour les quartiers concernés, la question est concrète : qui décidera, et selon quels critères, entre la pelleteuse et le chantier de réhabilitation ? Nous suivrons ce dossier, à Roubaix comme ailleurs.
Questions fréquentes #
Qu’est-ce que l’ANRU ?
L’Agence nationale pour la rénovation urbaine finance et accompagne depuis vingt ans la transformation des quartiers populaires : logements, espaces publics, écoles, crèches, commerces et activité économique.
La nomination de Camille Tubiana est-elle définitive ?
Non. Elle doit encore être soumise au vote des commissions compétentes de l’Assemblée nationale et du Sénat.




