L’accord migratoire franco-britannique dit du « un pour un » s’arrête : le 30 septembre 2026, le ministère britannique de l’Intérieur a annoncé qu’il ne traitait plus de nouveaux dossiers, le jour même où Paris confirmait discuter avec Londres des conditions de sa sortie du dispositif. Ce dispositif pilote, entré en vigueur le 6 août 2025, devait de toute façon expirer ce jeudi 1er octobre. Retour sur qui a annoncé quoi, sur les chiffres réels des échanges et sur ce que cette fin change pour la Manche et la Côte d’Opale.
En bref
- Le Home Office ne traite plus de nouveaux dossiers depuis le 30 septembre 2026 ; des vols restent prévus dans les prochaines semaines pour les personnes déjà concernées.
- Côté français, le ministère de l’Intérieur a indiqué à l’AFP discuter avec Londres des modalités de sortie, après une information du Monde selon laquelle Paris voulait mettre fin à l’accord.
- Bilan officiel au 30 juin 2026 : 1 087 personnes renvoyées en France et 1 117 transférées légalement vers le Royaume-Uni.
- Les arrivées par petits bateaux sont en baisse de plus de 40 % sur un an, selon les chiffres britanniques.
Qui a annoncé quoi, le 30 septembre #
Les titres de la presse ont pu sembler contradictoires mercredi : certains écrivaient que la France veut mettre fin à l’accord, d’autres que Londres annonce qu’il est terminé. Les deux versions décrivent en réalité deux étapes de la même journée.
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Le matin, Le Monde a révélé que la France ne souhaitait pas reconduire l’accord. Le ministère français de l’Intérieur a ensuite confirmé à l’AFP être en discussion avec les Britanniques sur les modalités de sortie de l’accord. Ce n’était pas une surprise : lors de son audition par une commission d’enquête de l’Assemblée nationale, le 15 juin, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait déjà indiqué que ce pilote n’avait pas vocation à être reconduit au-delà du 1er octobre 2026, et qu’il serait préférable de l’intégrer dans un cadre entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.
Dans l’après-midi, c’est Londres qui a officialisé l’arrêt : le Home Office a déclaré dans un communiqué que le programme ne traitait plus de nouveaux dossiers, tout en assurant poursuivre le travail avec la France contre les traversées en petits bateaux. Une source gouvernementale britannique citée par l’AFP a reconnu que l’accord n’avait pas atteint le rythme espéré.
Comment fonctionnait l’accord #
Officiellement baptisé UK–France Agreement on the Prevention of Dangerous Journeys, le texte reposait sur la réciprocité. Pour chaque personne arrivée au Royaume-Uni par petit bateau depuis la France et jugée éligible au dispositif, renvoyée en France, le Royaume-Uni s’engageait à accueillir par une voie légale une personne se trouvant en France, après des contrôles d’éligibilité, d’identité et de sécurité.
Signé en juillet 2025, l’accord est entré en vigueur le 6 août 2025 pour une phase expérimentale. Conclu pour un an, il avait été prolongé en juin 2026 jusqu’au 1er octobre 2026.
« It is intended to deter dangerous small boat crossings across the English Channel, disrupt organised immigration crime, and save lives. »
Traduction : l’accord vise à dissuader les traversées dangereuses de la Manche en petits bateaux, à perturber la criminalité organisée liée à l’immigration et à sauver des vies. Source : Home Office, données publiées le 16 juillet 2026.
Les chiffres réels des échanges #
Le Home Office a publié un décompte mois par mois couvrant la période du 6 août 2025 au 30 juin 2026. Les premiers renvois n’ont eu lieu qu’en septembre 2025 (17 personnes), et le rythme ne s’est accéléré qu’au printemps 2026, avec 218 renvois en mai et 264 en juin.
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- 1 087 personnes renvoyées vers la France au 30 juin 2026 ;
- 1 117 personnes transférées de France vers le Royaume-Uni à la même date ;
- environ 1 400 renvois au total, selon la ministre britannique de l’Intérieur Shabana Mahmood devant le Parlement le 15 septembre ;
- environ 56 000 livres (plus de 65 000 euros) : le coût moyen d’un renvoi évoqué outre-Manche.
Pour mesurer l’échelle, la même source britannique recense 19 196 arrivées par petits bateaux entre le 1er janvier et le 29 septembre 2026. Shabana Mahmood avait reconnu des chiffres relativement faibles, en pointant la difficulté de gérer chaque semaine un grand nombre d’expulsions et les contraintes de places en centres de rétention, des deux côtés de la Manche.
Chronologie #
| Date | Étape |
|---|---|
| Juillet 2025 | Signature de l’accord par Londres et Paris |
| 6 août 2025 | Entrée en vigueur du pilote |
| Septembre 2025 | Premiers renvois vers la France (17) et premiers transferts vers le Royaume-Uni (3) |
| Juin 2026 | Prolongation jusqu’au 1er octobre 2026 ; le 15 juin, Laurent Nuñez écarte toute reconduction |
| 30 juin 2026 | Bilan officiel : 1 087 renvois, 1 117 transferts |
| 15 septembre 2026 | Shabana Mahmood évoque environ 1 400 renvois devant le Parlement |
| 30 septembre 2026 | Paris négocie sa sortie ; le Home Office ne traite plus de nouveaux dossiers |
| 1er octobre 2026 | Échéance prévue de l’accord |
Pourquoi l’accord s’arrête #
Les deux gouvernements avancent des explications qui se recoupent. À Londres, l’argument principal est opérationnel : la montée en charge des renvois est restée lente et coûteuse. À Paris, le ministre de l’Intérieur estimait que la France n’avait pas à porter seule ce dispositif et plaidait pour une approche à l’échelle européenne.
L’accord était par ailleurs contesté par des associations de défense des droits des personnes exilées, qui le jugeaient contraire aux textes internationaux sur les réfugiés, et par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qui l’avait qualifié d’attentatoire aux droits des personnes migrantes. Le gouvernement britannique, aujourd’hui dirigé par Andy Burnham, souligne de son côté que les traversées ont nettement reculé en 2026.
Ce que ça change pour la Manche et la Côte d’Opale #
Concrètement, plus aucune nouvelle personne arrivée au Royaume-Uni ne doit être placée dans ce circuit de renvoi. Les vols annoncés pour les prochaines semaines concernent des dossiers déjà engagés. Aucun dispositif de remplacement n’a été présenté à ce stade.
Sur le littoral, la situation reste tendue. Selon un décompte de l’AFP établi à partir de données officielles, 22 personnes sont mortes depuis janvier 2026 en tentant de traverser la Manche, dont trois, parmi lesquelles un enfant, lundi 28 septembre. Les associations observent des départs depuis la Belgique, qui allongent les traversées, et des embarcations de plus en plus chargées ; Andy Burnham a lui-même reconnu que les passeurs changent de tactique.
Sur la Côte d’Opale, la radio locale Delta FM rapporte que la maire de Calais, à la tête du Collectif des maires du littoral, dit avoir alerté dès le départ sur les limites de l’accord et souhaite que sa fin soit l’occasion de revoir plus largement la politique menée à la frontière. L’annonce porte sur ce seul pilote : elle est distincte de l’accord du Touquet, l’autre texte franco-britannique, qui place les contrôles frontaliers britanniques sur les côtes françaises.
Questions fréquentes #
Qui a mis fin à l’accord « un pour un » ?
Les deux pays. Paris a fait savoir le 30 septembre 2026 qu’il discutait avec Londres des modalités de sortie, et le Home Office a annoncé le même jour qu’il ne traitait plus de nouveaux dossiers. L’accord devait de toute façon expirer le 1er octobre 2026.
Combien de personnes ont été échangées ?
Au 30 juin 2026, 1 087 personnes avaient été renvoyées en France et 1 117 transférées vers le Royaume-Uni, selon le Home Office. La ministre Shabana Mahmood a évoqué environ 1 400 renvois à la mi-septembre.
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Les renvois s’arrêtent-ils immédiatement ?
Non pour les dossiers déjà engagés : Londres a indiqué que des vols continueraient d’être affrétés dans les prochaines semaines. En revanche, aucun nouveau dossier n’est plus ouvert dans le cadre de l’accord.
À retenir
- L’accord « un pour un » n’accepte plus de nouveaux dossiers depuis le 30 septembre 2026 et arrive à échéance le 1er octobre.
- Paris voulait en sortir, Londres a officialisé l’arrêt : les deux annonces se complètent.
- Bilan officiel au 30 juin : 1 087 renvois et 1 117 transferts, pour 19 196 arrivées en petits bateaux sur les neuf premiers mois de 2026.
- Aucun dispositif de remplacement n’a été annoncé ; la France plaide pour un cadre européen.
Sources : Home Office (gov.uk), France 3 Hauts-de-France / AFP, AFP via La Libre, 20 Minutes, Le Club des juristes, Delta FM.
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